Grâce à un réseau de stations de mesure réparties dans toute la Suisse, qui enregistrent depuis plus de 20 ans, jusqu’à vingt fois par seconde, les échanges gazeux entre le sol, la végétation et l’atmosphère, la professeure Buchmann et son équipe scientifique ont pu démontrer que les prairies constituent généralement des puits de carbone. Cependant, si elles sont labourées, une grande partie de leur contribution au climat, accumulée auparavant, peut être perdue en peu de temps.
Quand les données de mesure deviennent politique
Les données de Buchmann donnent ainsi lieu à des propositions d'action concrètes pour l'agriculture et la politique. Par exemple, privilégier le semis direct plutôt que le labour lorsque la prairie doit être renouvelée, et réduire au maximum la durée pendant laquelle le sol reste à nu. Ou encore de réduire l'apport en azote et de l'adapter précisément aux besoins des plantes, afin que les racines l'emportent dans la compétition pour l'azote du sol et que les micro-organismes libèrent ainsi moins de protoxyde d'azote.
La biodiversité est également déterminante. « Nos recherches ont montré que les prairies riches en espèces offrent une protection importante: elles résistent mieux à la sécheresse et aux vagues de chaleur et produisent des rendements plus stables que les peuplements monotones », explique Buchmann. Les recherches de Buchmann fournissent ainsi aux responsables politiques des bases factuelles pour faire progresser la protection de la biodiversité.
Le lien entre notre lait et les données de M. Buchmann ne se limite pas au niveau national. Elles sont intégrées dans des rapports climatiques internationaux, tels que ceux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), où les prairies, les émissions de protoxyde d’azote et les puits de carbone apparaissent comme des leviers de la politique agricole et climatique.
Au niveau national, le professeur Buchmann a rédigé, en collaboration avec le World Food System Center, une étude prospective pour l’Office fédéral de l’agriculture: celle-ci esquissait la manière dont le système alimentaire suisse peut devenir économe en ressources et durable. Bon nombre des priorités qui y sont définies ont été intégrées dans un vaste programme de recherche agricole – les ensembles de données de Buchmann constituent ainsi l’une des bases sur lesquelles s’appuient les décisions d’octroi de fonds de recherche en Suisse.
Une carrière alliant haute technologie et approche systémique
Et ces fonds contribuent à un enseignement axé sur la recherche et, par conséquent, à l’émergence de nouveaux domaines professionnels. Car celui qui étudie les prairies ne se retrouve pas forcément dans une étable ou sur un champ d’essai, mais peut-être dans une start-up de robotique, où il conçoit des algorithmes optimisant les dates de semis et les quantités d’engrais, ou développe de nouvelles méthodes d’analyse des images satellites.